
Santiago, l'origine
La légende raconte que l’apôtre Jacques, dans son ardeur à diffuser les enseignements de Jésus Christ jusqu’aux confins de l’Empire qui l’avait condamné, arriva jusqu’au lieu où s’unissent le ciel et la terre, le Campo de las Estrellas, dans l’Hispanie lointaine, là où l’immensité de l’océan s’étend jusqu’à l’infini. Plusieurs siècles plus tard se répandit à travers toute l’Europe la nouvelle de la découverte, au fin fonds de la Galice, dans le Campus Stellae, de la tombe de l’apôtre, enterré là après qu’il fut décapité à Jérusalem en l’an 44 de notre ère.
Lieu de pèlerinage
Au début du Xème siècle, avec le consentement de l’Empereur Charlemagne, le Pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle naît avec la vocation de réunir les chrétiens européens dans un enthousiasme commun et la volonté de marquer la frontière avec les royaumes musulmans qui s’étendent à travers la Péninsule Ibérique. La chapelle où l’on célébrait à l’origine le culte des reliques du Saint devint rapidement un lieu de pèlerinage auquel se rendaient les croyants de toute l’Europe chrétienne. Le Campus Stellae latin devint ainsi Saint-Jacques-de-Compostelle et la petite chapelle se transforma en un grand temple roman sacré solennellement en 1128 après cinquante ans de travaux. La cathédrale fut conçue de manière à ce qu’elle puisse devenir un lieu de pèlerinage de grandes proportions, le phare de la Chrétienté dans une péninsule majoritairement islamique, mais où les royaumes chrétiens espagnols gagnaient du poids et conquéraient toujours plus de territoires de Al Andalus.
Un chemin jamais facile
Le Chemin de Saint-Jacques représenta pour la Péninsule Ibérique une voie d’entrée des idées venant de toute l’Europe. Ainsi le nord de l’Espagne intégra rapidement les styles artistiques et architecturaux qui se développaient en Europe, le Roman en premier lieu, et plus tard, le Gothique. Les temples des villes et des villages s’inspirèrent d’édifices français tout en incorporant la tradition populaire, et particulièrement l’influence islamique des Mozarabes, nom donné aux chrétiens qui vivaient en territoire musulman. De l’union de ces deux cultures, européenne et islamique, naîtra l’art Mudéjar, typiquement espagnol. Au cours du Moyen- Age, Saint-Jacques de Compostelle devint le troisième lieu de pèlerinage de la sphère chrétienne après Rome et Jérusalem. Le Chemin ne fut jamais facile en raison des attaques continues des royaumes islamiques du sud, au-delà de la difficulté du trajet lui-même, qui devait franchir les Pyrénées pour ensuite surmonter la cordillère Cantabrique. Le pèlerinage de Saint-Jacques verra croître sa popularité et les européens arrivant en Galice pour demander une faveur au Saint seront chaque fois plus nombreux, sur un parcours protégé par l’Ordre de Saint-Jacques, né au XIIème siècle pour rendre le pèlerinage plus sûr. Le Pèlerinage est encouragé par les monarques espagnols qui n’hésitent pas à construire hôpitaux, ponts, et hospices pour faciliter le voyage, et par la même occasion, tisser des liens avec le reste de l’Europe.
Le XVème siècle, petite décadence
Au XVème siècle, le Pèlerinage tombe dans l’oubli en raison des convulsions sociales qui ont lieu en Europe et à la consolidation du Christianisme dans toute la péninsule. L’expulsion des musulmans après la conquête de Grenade et la découverte de l’Amérique centreront tout l’intérêt des monarques espagnols sur le gouvernement du grand Empire, et le Pèlerinage de Saint-Jacques sera relégué au second plan. Cependant, le nombre de pèlerins qui arrivent chaque année se fait de plus en plus important, comme le montre le remaniement continu de la Cathédrale de Saint-Jacques de Compostelle qui, au XVIIIème, date relativement tarpe dans l’histoire du monument, se voit construire une toute nouvelle façade.
Patrimoine Mondial de l'UNESCO
Au XIXème siècle, elle devient une destination de choix pour les européens qui visitent l’exotique Espagne, mais ce n’est qu’avec l’avènement de la démocratie que le Pèlerinage de Saint-Jacques retrouve toute sa splendeur d’antan, en étant déclaré Patrimoine Mondial de l’UNESCO en 1993, une distinction qui a redonné vie à d’anciens trajets comme le Chemin portugais ou celui de la Via de la Plata, chemins qui ont bénéficié ces dernières années d’un regain d’intérêt et qui offrent des nouvelles possibilités et de nouveaux paysages aux amoureux de la nature.
