
L’intérêt envers l’Espagne, considérée comme un lieu exotique et mystérieux parmi les nations européennes, naît à la fin du XVIIIème siècle. Ce n’est cependant qu’au début du XIXème qu’elle devient la destination de prédilection des amateurs d’Orient. L’expérience de ces voyages a été retracée dans des romans, et leur lecture incitait à l’aventure ceux qui n’avaient pas encore osé voyager dans ce beau pays du sud, plein de coutumes surprenantes, de femmes passionnées, de bandits, de toreadors, de beauté et d’art, beaucoup d’art.

Ce fut le cas du français Jean-Charles Davillier, voyageur infatigable qui parcourut l’Europe et ressentit une attraction particulière pour l’Espagne à la lecture des œuvres de Mérimée. Parmi ses nombreux voyages, le plus connu reste celui qu’il fit avec son ami et dessinateur Gustave Doré dans les années 1860. Les deux compagnons se mirent en marche avec un objectif clair: sauvegarder à travers des nouvelles illustrées le caractère pittoresque d’un pays où l’industrialisation commençait à prendre le dessus. Une entreprise ambitieuse, avec la prétention de réaliser un inventaire des “incontournables de l’Espagne”, à savoir ses monuments, ses coutumes et ses traditions.

De caractère humaniste, la grande passion du baron était la collection d’antiquités. Il fut l’un des plus grands promoteurs de l’art espagnol, en faisant connaître au reste de l’Europe les trésors artistiques d’un pays replet des ruines d’un passé mémorable. Un paradis exotique idéal pour les amateurs d’art et d’histoire. Les deux compagnons commencèrent leur voyage en suivant l’itinéraire proposé par Laborde, par le littoral méditerranéen. Au début, le voyage se révéla assez ennuyeux, car il contournait les lieux incertains pour éviter l’attaque de la diligence par des bandoleros. À cet ennui s’ajoute l’impatience d’arriver en Andalousie, le lieu de la Péninsule où se concentre l’essence même de l’Espagne.

Enfin face à l’Alhambra de Grenade, ils ne purent que tomber sous le charme. La forteresse rouge abrite une infinité de salles décorées à l’orientale et des jardins élégants où il est facile de se perdre. L’Alhambra est plus qu’un simple monument. C’est tout simplement l’une des plus grandes merveilles du passé arabe. De la Sierra Nevada, Davillier affirmera qu’il n’existe aucun spectacle en Europe comparable à celui qu’on peut admirer depuis ses sommets. Les deux voyageurs s’aventurent ensuite les Alpujarras de Grenade pour profiter pleinement de la nature et de ses villages millénaires. Ils ne perdent pas non plus l’opportunité de découvrir la Sierra de Ronda, refuge des bandits dans ses montagnes abruptes. L’allégresse des rues de Cadix et la beauté de Séville captivent aussi bien Davillier que Doré. Dans la ville de la Giralda, les deux amis s’intéressent particulièrement aux édifices décorés de céramiques, comme l’Alcazar et la Casa de Pilatos.

À Cordoue, la cité du calife, c’est l’immensité de sa Mezquita (mosquée-cathédrale) et l’élégance de ses arches en fer de cheval. Cependant, Davillier ne s’arrête pas seulement à la beauté des monuments. Sa formation humaniste le pousse à s’intéresser à l’âme et au courage du peuple espagnol, qu’il veut comprendre et dont il recherche le caractère picaresque. Ainsi, pendant son séjour à Malaga, il apprendra l'utilisation du couteau, outil répandu tant parmi les bandits, idéalisés par les romantiques, que parmi la population, qui les utilisa dans la guerre de rue contre Napoléon, qui ignora le fait que le véritable amour des Espagnols n’est autre que l'Espagne.

Deux amis inséparables et une aventure en commun. Un voyage à la recherche de l’essence de l’Orient en Espagne qui les amènera à explorer chaque recoin de la géographie andalouse, grande héritière et gardienne de ces trésors. Il est remarquable de noter cependant, qu’en dépit de cette richesse monumentale, ce que l’Espagne a de plus précieux selon ce baron, sont ses habitants et leur manière si spéciale d’appréhender la vie.
